Passer au contenu principal

Pour en finir avec ce noir

On ne peut pas mettre noir sur une carte géographique, nous réplique l’historien Walter Williams. Que les anciens Égyptiens avaient la peau noire? Là n’est pas la question, dirait John Henrik Clarke. Selon lui, ce qui importe, c’est qu’ils étaient de culture africaine. Pourtant, n’est-ce pas la peau noire le point commun des Africains? Je réponds qu’il existe autant de nuances de noir qu’il y a d’Africains à la peau noire. Et ces nuances se sont dispersées sur tous les autres continents. Et ces nuances portent globalement un nom, la mélanine. Tous les humains en produisent à partir des cellules de notre peau appelées mélanocytes. Cette mélanine s’accumule dans des cargos (mélanosomes) à l’intérieur des mélanocytes. Ces cargos de mélanine vont ensuite migrer vers la couche la plus externe de notre peau, l’épiderme. Là où cela se complique est que la peau produit 2 types de mélanine : l’eumélanine et la phéomélanine. L’eumélanine donne une pigmentation brune à noire et la phéomélanine donne une pigmentation jaune à rouge (voir schéma ci-dessous). La couleur de peau est déterminée par le rapport entre l’eumélanine sur le total des mélanines. Ainsi, plus la peau d’une personne produit de l’eumélanine, plus elle tirera sur le noir. À l’inverse, moins la peau d’une personne produit de l’eumélanine, plus elle tirera sur le blanc. La pigmentation de la peau sert de protection contre les rayons ultraviolets et l’eumélanine en est majoritairement responsable. C’est pour cette raison que les premières personnes sur terre, apparues sous le soleil de l’Afrique, avaient la peau noire.




La production de la mélanine à partir de la tyrosine, un acide aminé des protéines. Tout le monde produit de la mélanine, le pigment responsable de la couleur de notre peau. L'absence de mélanine entraine des désordres tels que le vitiligo et l'albinisme. Image tirée de Cichorek et al. 2013.


Les peuples d’Afrique ne se sont jamais identifiés comme des noirs de peauNous avons été poussés à suivre la logique que la couleur noire de notre peau fait de nous des êtres noirs. Depuis lors, nous sommes pris au piège avec cette étiquette de noir. Même dans la maison dite blanche, Barack Obama est considéré comme le président noir des États-Unis. Qu’aurait-on dit si le président était de descendance asiatique? Quand Maripier Morin est fait nouveau visage de Revlon, on a dit la première Québécoise. Quand Viola Davis a remporté un Emmy, on a dit la première noire. Qu’elle est le rapport entre la couleur de sa peau et le fait qu’elle a du talent? Évidemment aucun, mais certains veulent encore demeurer dans ce paradigme mensonger d’une humanité divisée par la couleur. Mais cette couleur, pourquoi ne s’applique-t-elle qu’à nous?

Dans son livre intitulé : Les noirs. Au cœur d’une institution millénaire, Amouna Ngouonimba montre que l’étiquette de noir n’a rien à avoir avec la couleur de peau. Son travail a l’audace de nous rappeler l’origine du terme noir. En fait, on apprend que c’est un concept. Son ouvrage démontre que les sociétés européennes et asiatiques (eurasiatiques) étaient divisées en 3 classes : les blancs, les rouges et les noirs. Tous nobles et prêtres étaient de la haute classe, celles des blancs. Les guerriers maintenaient l’ordre et faisaient partie de la classe des rouges. Les esclaves et les marginaux étaient mis à l’écart. Ils étaient des citoyens, mais pas vraiment des citoyens. Des noirs, c’est comme ça qu’on les désignait. Tout est partie de là. Par ailleurs, rien ne semble indiquer que les peuples africains avaient adopté ce mode d’organisation sociale. On reconnaît que les civilisations africaines précoloniales ont développé des comportements favorisant une forme d’harmonie entre les individus. À l’inverse, les civilisations eurasiatiques ont développé des comportements de survie basés sur l’agression et la compétition (Je vous encourage à lire The iceman inheritance de Michael Bradley). Ces comportements découlent en partie du fait que le continent eurasiatique n’était pas aussi choyé en ressources que le continent africain. Et c’est toujours le cas. Par conséquent les eurasiatiques sont constamment confrontés avec la loi du plus fort. L’établissement de structures sociales fondé sur la relation dominant-dominé les a permis de se démarquer. Les riches exploitent les pauvres, les hommes exploitent les femmes, les entreprises exploitent les ressources.




La mise en esclavage des Africains n’avait rien à avoir avec la couleur noire de leur peau. Rappelons que les Européens et les Asiatiques pratiquaient déjà l’esclavage entre eux. La mise en esclavage des Africains a commencé par les Arabes à partir de 652. Les Européens ont suivi à partir de 1454. Il faut se rappeler que les Européens n’auraient pas pu démarrer l’esclavage en Afrique sans la bénédiction de Pape Nicolas V en 1454. Les Chinois auraient aussi pratiqué l’esclavage des Africains durant la dynastie Ming (1368-1644). Amouna Ngouonimba démontre que la structure sociale de ces peuples avait en commun le même concept d’organisation sociale. La séparation de la classe élite représentée par la couleur blanche de la basse classe représentée par la couleur noire. Les Africains ont été intégrés de force dans la classe des esclaves (des noirs). Ils n’avaient pas la moindre idée dans quoi on les embarquait. L’esclavage ou la destruction de la civilisation africaine dura jusqu’à la fin du 19e siècle. C’est aussi au 19e siècle que le coup de grâce fut porté contre les Africains avec la formulation d’un nouveau concept qui nous poursuit jusqu’à ce jour. Le racisme. Les Européens se sont mis à prétendre être la race dominante sur terre parce qu’il avait la peau blanche. On a fait croire aux Africains que leur calvaire était dû au fait qu’ils avaient la peau noire. En d’autres termes, un individu à la peau noire ne peut qu’être l’esclave de l’homme blanc. C’est ainsi que les Européens ont transposé leur concept de classe sociale vers un concept de classe raciale. Le véhicule majeur de la propagande raciste a été leur système d’éducation. Et les institutions religieuses et les pseudo-intellectuels en avaient le contrôle. Dites-moi ce que les missionnaires religieux enseignaient à la jeunesse africaine et je vous parlerai d’un peuple devenu égaré. Pour répliquer à cette attaque, divers mouvements se sont formés avec l’objectif commun de reprendre le noir et en faire un symbole de culture et de fierté. Malgré ces belles intentions, nous tournons en rond en déviant toujours de l’Afrique. Nous nous devons d’attaquer le problème par la racine. On ne peut pas mettre noir sur une carte géographique.


Tout comme Amouna Ngouonimba le souligne, les termes noir et nègre signifient la même chose: esclave. Pouvons-nous seulement se mettre d’accord sur un point. Que les mots ont autant d’impact que les gestes. Par exemple, dire constamment à son enfant qu’il est stupide a le même impact que frapper son enfant continuellement. C’est le pouvoir des mots. Je considère qu’un mot est créé dans un contexte historique et s’insère dans l’inconscience collective. Qu’on le veuille ou non, noir aura toujours une connotation négative dans la société. Vous êtes noir et vous acceptez le travailleur au noir. Vous êtes noir et vous acceptez le mouton noir. Quel est le raisonnement scientifique derrière l’idée que le blanc symbolise la pureté? Qu'y a-t-il de plus pur que le brun de la terre? On me répond de cesser de brasser des idées noires le noir. Je réplique que nous devons nous émanciper de ce concept étranger. En tant que peuple ayant l’héritage le plus ancien, il est important de redécouvrir ce que nous sommes et dicter comment nous voulons être perçus. Commençons par reconnaître fièrement que nous sommes d’abord des Africaines et Africains. Nous devons aussi inclure la diaspora échouée sur les îles, comme le dirait l'Haïtien Anténor Firmin.


Joseph Auguste Anténor Firmin ou Anténor Firmin (1850-1911) est un homme politique et anthropologue Haïtien. Il est un des fondateurs du panafricanisme, un mouvement qui cherche à unifier les africains et africaines, incluant ceux et celles dont les ancêtres vivaient en Afrique.



Enfin, Walter Williams propose que les Américains à la peau noire se donnent une identité géographique et historique en réclamant l’Égypte antique. Il considère qu’ils sont les directs descendants des anciens Égyptiens. Sa vision rejoint celle du savant Cheikh Anta Diop. Le même Cheikh Anta Diop qui nous a enseigné que les anciens Égyptiens étaient des Africains à la peau riche en eumélanine. De l’alphabet aux mathématiques en passant par l’agriculture, tout est partie de l’Égypte antique. Les anciens Égyptiens sont la plus remarquable civilisation de l’histoire. Ils représentent un modèle vivant du génie africain emprisonné en chacun de nous.




Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Ils n’ont jamais existé 1

À l’origine du christianisme

Ils n’ont jamais existé 3

À l’origine de l’appropriation culturelle
Il n’y a jamais eu de Socrate, de Platon, ni d’Aristote, jamais eu de Pythagore. Toutes ces personnes, comme bien d’autres, n’ont jamais existé. Aux institutions qui continuent de glorifier le mythe européen, George James nous a révélé que Platon n’est pas l’auteur du Banquet, que Pythagore n’a formulé aucun théorème, qu’Aristote est à la philosophie ce que Michael Jordan est au hockey. L’historien Walter Williams va encore plus loin en nous demandant avec quel alphabet ces personnes ont-elles bien pu écrire? Étant donné qu’il n’y a pas de civilisation sans un système d’écriture, la civilisation de l’Europe se trouve à être la plus récente de l’histoire humaine. Il existe en effet des civilisations plus anciennes ayant bâti les fondations sur lesquelles le monde d’aujourd’hui repose.
La plus ancienne civilisation de l’histoire habitait en Afrique du Nord, celle de l’Égypte antique, datant de 10,000 ans avant l’ère commune (AEC). Dans ces temps, …

Ils n’ont jamais existé 2

À l’origine de l’Islam
Dans The Historical Origin of Islam, Walter Williams décrit progressivement les évènements historiques qui ont mené à la création du prophète Mohammed. Tout a commencé par l’invasion de l’Afrique du nord par les populations européennes. Le premier Européen a été Alexandre le Grec, quand il a envahi l’Égypte en 332 avant zéro (voir la première partie, janvier 2016). On assiste par la suite à l’arrivée massive de peuples slaves et peuples provenant des régions au sud de la Russie. Ils sont allés envahir la Turquie, la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie. Les pays connus aujourd’hui sous le nom de Liban, de Palestine, de Jordanie, d’Irak, d’Iran, d’Arabie Saoudite et de Yémen ont aussi assisté à l’invasion de gens d’Europe. Les populations indigènes africaines de ces pays se sont au fil du temps mélangées avec ces envahisseurs européens. Aujourd'hui, la population de l'Afrique du nord est majoritairement appelée Arabe.
La création du chris…